La dernière lettre d’un salaud
J’étais un autre avant toi, j’étais moi avant toi.. Maintenant qui suis-je ?
Je ne suis plus moi même depuis que toi… Tu m’as ouvert les portes d’un monde où je ne peux plus désormais retourner… Je ne regretterai que ces instants où nos corps se sont trouvés et accordés à la perfection… Tu m’avais dit en riant ne pas venir de mon monde et j’en avais ri… Oui, tu n’étais pas de mon monde… Je n’aurais jamais cru rencontrer quelqu’un comme toi avant. Tu as été ma perle, mon étoile, mon ange… Jamais aucun homme n’a été aussi heureux… et maintenant, je vais tout gâcher… Alors que je t’aimais plus que tout au monde, je n’étais plus moi même… Tu m’avais changé… Je n’étais plus cet être rabougri, chétif qui avait peur des autres, ce salaud amateur de femmes… J’étais un autre homme modelé par ton amour et ta tendresse… Je n’étais plus moi-même… Trop d’amour, trop de toi, trop de bonheur, de ce bonheur insaisissable et étouffant, à ne savoir qu’en faire… Il m’a fallu fuir, te fuir, tout fuir… J’ai eu peur, trop peur, peur de me perdre, de me perdre dans ce bonheur que je ne méritais pas… Je t’aime à en crever… Je t’aime tout simplement comme je n’ai jamais aimé… Et ce sentiment, au lieu de me remplir de joie, m’horrifie… Ce feu qui m’envahit au lieu de me réchauffer me brûle de l’intérieur. Où est cet homme ordinaire que j’étais, ce macho sans borne qui enfilait les femmes, les aimait pour leur corps, leur cris de jouissance, ces regards reconnaissants pour ensuite en changer ?… Chaque femme était un nouveau défi… Depuis que tu es entrée dans ma vie, je ne suis plus cet homme, c’est toi qui me gouverne, qui me rend heureux, qui me fait jouir… je ne vois plus les autres femmes, je ne me vois plus moi même… Où suis-je ? Qui suis-je donc ? Qui est cet homme dans la glace avec ce sourire idiot sur le visage et ce regard bienheureux ? Ce n’est pas moi ! ça ne peut pas être moi !! Où est ce désir ardent qui brûlait mes prunelles ? Qu’as-tu fait de moi ? Suis-je devenu cet être fade, imbu de lui-même et de son bonheur ?? Je ne veux pas être cet homme !! Je t’aime oui, je t’aime mais cet amour me tue… Ce n’est plus ma maison, ce n’est plus ma vie, ce n’est plus moi… Si c’est cela le bonheur et l’amour alors je vous le rends mesdames, messieurs… je n’en veux pas… Je n’en veux pas de ce cadeau empoisonné… J’avais une vie avant toi que j’aimais, j’étais heureux… Ce bonheur, cette vie à deux bien réglée que tu me proposes, je n’en veux pas… Je te remercie de m’avoir fait ressentir toutes ces choses, mais je ne suis pas l’homme qu’il te faut, je ne suis pas celui qui fera battre ton cœur…
Elle n’en pouvait plus. Elle avait lu jusqu’à ce que ses larmes qu’elles avaient essayées en vain de retenir coulent le long de ses joues. Cet homme elle l’avait aimé comme jamais la fuyait…
- Je ne suis rien sans toi, tu le sais ça… dit-elle dans un cri de rage avant de s’effondrer en pleurant sur son lit.
Elle pleurait silencieusement comme si cette douleur qui la rongeait la privait de mots, de cris, de voix. Elle tenait toujours serré dans son poing cette lettre, source de tant de souffrance. Elle se pencha sur sa table de nuit, prit son livre de chevet et apposa à sont tour sur cette lettre ces quelques mots :
C’est toi qui m’apportais tout ce dont j’avais besoin, qui m’a permis d’être ce que j’étais. J’ai toujours eu peur de te perdre et maintenant, c’en est fait… Adieu donc mon amour, adieu mon amour…
Sans toi, je n’ai plus de raison d’exister...
Sans toi… il n’y a pas de sans toi.
Sans toi, c’est comme dire que ma vie s’arrête aujourd’hui.
Sans toi, c’est comme dire que plus rien n’existera après toi.
Sans toi, ça veut dire sans moi aussi, si tu peux te passer de moi, je peux bien me passer de moi…
Adieu donc… Vous m’avez retiré mon amour, vous m’avez ôté ma vie…Je n’ai plus de raison de vivre…
Elle se leva et se dirigea machinalement vers la salle de bain. Elle s’était moquée de son armoire à pharmacie, de tout cette batterie de médicaments pour soigner le moindre bobo. Elle aussi allait y trouver un remède contre cette douleur latente qui l’oppressait. Elle voulait dormir, simplement dormir, dormir pour toujours et oublier cette douleur. Elle revint lentement vers la chambre, s’assit sur ce qui avait été leur lit et termina la lettre par ces mots :
Je t’aime mon amour plus que moi-même.
Il rentra chez lui comme d’habitude, un bouquet de rose à la main, une bague de fiançailles dans la poche de sa veste et une demande en mariage écrite en bon et du forme. Il l’appela mais aucune réponse. Elle devait être sortie. Il déposa les fleurs sur la table du salon quand son regard fut attiré par une lettre froissée qui y avait été laissée en évidence ouverte. Il l’avait reconnue de suite. Il avait reconnu son écriture et celle de… mais à peine avait-il commencé à la lire, qu’elle tomba à ses pieds… Une angoisse et une terreur sans borne s’emparèrent de lui et l’étreignirent, il n’osait plus bouger. Il se rendit péniblement vers leur chambre dont la porte était restée entrouverte et réunissant ces dernières force, il la poussa. Ce qu’il vit le rassura d’abord. Elle semblait endormie, un sourire sur les lèvres… Quand, son regard se posa sur le petit flacon qui était tombé au pied du lit, il sentit son cœur se briser. Un douleur irradiante s’empara de sa poitrine. Aucune parole, ni aucune larme, rien qu’un mur de silence. Il s’approcha du lit, prit sa petite main encore tiède, retira la bague de son écrin de velours et la lui passa au doigt. Il avait du mal à respirer, le cœur comme pris dans un étau. Il se pencha sur son petit visage, déposa sur ses lèvres à jamais closes un baiser et ne se releva pas. Cote à cote, unis dans la mort, ils étaient devenus mari et femme.
