Chapitre 6 : Révélations

Un mois était passé depuis l’événement et Mariana décida qu’il était temps de parler. Elle savait que la jeune fille risquait de se sentir agressée comme un petit animal blessé mais elle n’avait pas le choix. Aux yeux de la loi, Hanaelle n’était ni sa fille ni un membre de sa famille et elle était encore mineure, donc sous la tutelle de quelqu’un. Elle avait fait passer Hanaelle pour la fille d’une de ses vieilles amies de faculté à qui elle ne pouvait rien refuser. "Comme cette jeune fille voulait travailler , elle avait accepté de la prendre comme stagiaire, ce qui la soulagerait un peu" était l’argument qu’elle proposait aux clients un peu trop curieux. Mais, ses clients l’avaient rapidement félicitée pour son choix en lui faisant remarquer au passage qu’elle avait trouvé une perle rare. De son côté, Mariana pensait de plus en plus à embaucher à plein temps Hanaelle qui s’était révélée d’une aide précieuse, une vraie « petite fée » en somme qui était capable de faire des merveilles avec presque rien. C’était après un très bon repas que Mariana avait fait en l’honneur d’Hanaelle pour fêter son premier mois dans la boutique qu’elle avait décidé qu’il était temps d’aborder les sujets délicats. Assise sur le canapé, Hanaelle était absorbée par le livre qu’elle lisait. Mariana avait décidé de faire un chocolat chaud comme la première fois où elles s’étaient rencontrées pour se donner du courage. Elle deposa la tasse qu'elle avait faite pour Hanaelle sur la table et s’assit à coté d’elle.
- Bois ton chocolat pendant qu’il est chaud. C’est meilleur !
La jeune fille sortit la tête de son livre et vit la mine grave qu’avait adoptée Mariana dont même le ton, qui se voulait pourtant affectueux, était emprunt de tension. Elle déposa son livre, se cala bien dans le fauteuil et but avec délectation une gorgée de chocolat chaud, elle savait qu’elle allait devoir fournir une explication.
- Merci pour le chocolat, il est délicieux, dit-elle doucement.
- De rien. Hanaelle, ça fait un mois que tu vis ici et tu ne m’as toujours rien dit sur ce qui t’avais poussée à venir devant ma boutique…
Elle n’eut pour réponse qu’un profond silence. Mariana poursuivit donc :
- Comme je te l’ai déjà expliqué, tu es mineure et je ne peux pas te garder. On doit te chercher partout. J’héberge même peut-être une fugueuse.
- Je ne me suis pas enfuie, on m’a chassée ! s’était exclamé la jeune fille avec vigueur. Je n’ai plus de maison ! Je ne sais pas où aller… Ma maison, c’est ici… conclut-elle d’une voix à peine audible.
Sa voix s’était mise à trembler et des grosses larmes coulaient de ses yeux. Mariana la prit instinctivement dans ses bras et se mit à caresser doucement ses cheveux.
- Ne t’inquiète pas, va… C’est fini ce gros chagrin ? murmurait-elle à son oreille. Je ne veux pas te mettre à la porte. Je voulais juste savoir si tout allait bien pour toi. Tes parents doivent s’inquiéter.
- Je n’ai plus de parents. Mon père m’a chassé de chez lui. Il m’a dit que je n’étais plus sa fille et qu’il ne voulait plus jamais me voir ! Je ne veux plus JAMAIS retourner là-bas. Il n’y a personne qui m’aime là-bas, personne…
Et elle se mit à pleurer de plus belle. Mariana comprenait sa douleur. Elle savait ce qu’un père, même absent ou même odieux, pouvait représenter. Elle n’avait pas vraiment connu son père et ce manque la faisait atrocement souffrir. Elle vivait ce silence et cette absence comme une absence d’amour. Il n’était pas là , il n’avait jamais cherché à la retrouver parce qu’il ne l’aimait pas. Voir Hanaelle dans cet état lui rappelait sa douleur qu’elle mit de côté pour épauler la jeune fille.
- Il a parlé sous l’emprise de la colère. Il ne pensait pas réellement ce qu’il disait…
Elle fut coupée par le cri d’Hanaelle :
- Je n’avais plus que lui au monde !!!… Pourquoi m’a-t-il fait ça ? Maman me manque tant...
Et elle ajouta dans un cri déchirant de désespoir :
- Pourquoi est-elle partie ??? pourquoi est-elle morte ???…
Son visage était ravagé par les larmes. Elle n’arrivait plus à contenir sa peine, qui semblait intarissable. C’est alors que Mariana se souvient vaguement du nom qu’avait prononcé Hanaelle. Etait-ce Orcan ou Oron ? Elle n’arrivait plus à s’en souvenir mais était persuadée que c’était quelqu’un d’important dans la vie d’Hanaelle. Tenant toujours la jeune fille dans ses bras, elle lui caressait les cheveux, ce qui semblait la rassurer… Elle se concentra et… Oran, c’était Oran, s’écria-t-elle mentalement. Elle tenta une approche :
- Et que pense Oran de tout ça ?
La jeune fille lui adressa un regard étonnée.
- Tu connais Oran. Tu sais où il est ? demanda-t-elle timidement entre deux sanglots.
Elle répondit à regret par la négative . Et ajouta d’un ton qui se voulait désinvolte :
- Je t’ai entendu prononcer son nom quand tu étais évanouie…
Sur le visage de la jeune fille se peignit une expression d’intense déception.
- Je ne voulais pas te faire de la peine. Excuse-moi.
- Non, ça ira. Ca va mieux, dit-elle en reniflant. Merci d’avoir été là, ça m’a fait du bien.
- Mais, je n’ai pas été d’un grand secours, rappela Mariana, qui s’était levée et proposait à la jeune fille une boîte de kleenex.
- Merci, répondit-elle en prenant la boîte.
Mariana qui pensait qu’elles avaient eu assez d’émotions fortes pour ce soir, décida de changer les idées d’Hanaëlle.
- Ca te dirait d’aller au cinéma, si tu n’as pas trop mal à la tête. Je crois bien que tu as pleuré toutes les larmes de ton corps et que tu es à sec pour ce soir.
La jeune fille sourit et inclina la tête . Mariana poursuivit :
- File prendre une bonne douche et retrouve moi ici dans un quart d’heure. Hanaelle se leva et alla se préparer. Mariana ne put s’empêcher de penser que cette jeune fille souffrait terriblement et que malgré sa douleur, elle arrivait à rendre les gens heureux. Elle prit note de ne plus parler ni d’Oran , ni de sa famille qui étaient des sujets encore trop sensibles pour la jeune fille. Elle savait combien était douloureux un chagrin d’amour à cet âge. N’était-elle pas elle-même tombée éperdument amoureuse d’un jeune homme qui avait disparu du jour au lendemain sans laisser de trace sinon son nom. C’est à ce moment qu’entra Hanaëlle qui s’était faite une beauté.
- Mon dieu ! Tu es ravissante ! Mais tu vas me voler la vedette ! C’est moi qui dois trouver un mari, pas toi ! dit-elle en achevant sa phrase dans un éclat de rire qui se transforma en fou rire après la grimace qu’avait faite Hanaelle… Tout n’allait pas si mal, se disait Hanaelle, qui était ravie d’avoir trouvé Mariana sur sa route. Mais elle ne pouvait s’empêcher de penser à ce qui pourrait bien lui arriver. Elle se sentait ,enfin, de nouveau heureuse mais ce qu’elle ne savait pas, c’était que ce bonheur allait être de courte durée et que bien des épreuves l’attendaient encore.